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Poème dédicacé à Gérald Hach, de Nicolas Koulberg

Tailler, gratter, ajuster, polir,
Ruser, parfois rager, rugir
Mais patiemment apprendre
Et à la fois comprendre et se définir ;

Réaliser l’alchimie du sable et de la chaux,
Apprivoiser le plâtre, l’argile,
L’équilibre subtil des volumes dans l’espace,
Développer un rapport charnel avec la texture des surfaces ;

Voir surgir le noyau pur et nu
Du bois, de la pierre,
Caresser l’anatomie de la matière
Redonner âme et vie aux vieilles pierres d’un ancien couvent,
Cailloux battus par la pluie et le vent
Depuis la nuit des temps ;

Prêt enfin à construire une maison pour l’âme,
A suivre sa vision, à traduire son émotion
Avec un rayonnement qui sort de l’être
Et dépasse la forme de l’incarnation ;

L’artisan cède le pas à l’artiste, devient contemplatif
Et attentif au fil qui relie
A ce qui veut se faire comprendre
Et qui va féconder la créativité
De l’esprit, des doigts, du pouce
Et rendre la main docile
A l’action du maître intérieur ;

La graine peut germer,
La matière devenir forme,
L’inanimé s’animer.

Nicolas Koulberg
 
Dédicace de Nicolas Koulberg

Hephaistos,
Dieu des forges et du feu créateur,
Dieu des sculpteurs, ne saurait quelle main serrer
Parmi celles
Qui composent cette chanson de gestes symboliques
Et s’imposent
Comme l’aboutissement tangible d’un cheminement idyllique
Entre le visible et l’invisible
Entre l’émotion, l’idée et la matière.

Bras, mains au coude à coude
Pour atteindre la vérité du ciel
Avec l’humilité des codes de la terre.

Bras, mains, doigts modelés avec des nervures expressionnistes
Et une armature
De muscles et de tendons proéminents,
De longs supinateurs saillants et d’os carpiens se ramifiant
Et façonnant avec la sève créatrice
Les formes
De la Force, de la puissance, de la manipulation
Mais aussi celles de l’apaisement, du désir de transcendance,
De l’abandon,
De l’attente, de l’échange de dons, de la caresse
De cette main d’homme qui se saisit de l’anima,
Prend l’autre main par la taille,
La protège, l’écoute en silence,
Se hisse avec une impulsion infinie
Vers le sommet du symbole,
Ou se retient, liane humaine dansante, infiniment vivante,
A un végétal ébranché, desséché, dont l’écorce rugueuse
Contraste avec la ferme douceur d’un long bras fin,
Peut-être féminin,
Soudain orphelin de l’autre main.


Nicolas Koulberg
Dédicace de Nicolas Koulberg

L'arbre de vie, bras ligneux, robuste
Serti dans la terre mère, dans l'argile fertile
Relie l'humain au végétal
Et nous conduit vers un face-à-face avec quelques bustes
Ou têtes seules, têtes rêveuses austères ou volontaires
Ou têtes et mains accompagnatrices,
Dispentratrices du sens et de l'allusion,
Têtes sculptées en ronde-bosse
Et qui semblent exposées pour faire jaillir
Le plaisir, l'émotion, l'interrogation d'un promeneur
Qui observait à loisir le monde du dormeur,
Du rêveur, du sculpteur...

« Intimidante sculpture » écrivait Mandiargues
En posant la question de sa place,
Pourtant évidente dans la hiérarchie des arts;
Art premier déjà dans la bible
Où Dieu modèle un être à son image
Avec un limon de terre
Tandis que les Grecs façonnent les divinités
À l'image de l'homme
Et instaurent l'archétype de la force,
De la grâce, de la beauté
Et qu'au Moyen-âge les hommes lisent les messages du ciel
Dans le gestuel signifiant de la pierre.
La matière dévoile
La richesse de ses rythmes et de ses pouvoirs,
Souligne le lien concret, symbolique, musical
Avec le geste créateur;
Et ainsi, devenue oeuvre nue,
Elle scrute, sculpte l'identité du concepteur
Puis celle du regardeur.
« Ce n'est pas le modelage qui a de l'importance
C'est la modulation! » disait Fausto Melotti,
Sculpeur italien qui voulait retrouver
« l'état d'âme angélique »
Qui préside à toutes les étapes de l'élaboration
des oeuvres de Gérald Hach.

Nicolas Koulberg

Exposiciòn Ginebra el 30 de maio en el 8 de junio 2008 11h-20h

Espace Galerie Favre
Salle Centrale Madeleine
10 rue de la Madeleine 1204 Geneva